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Relance d'une 3ème guerre mondiale : La suprématie militaire russe reste inégalable

C’est le général US Philip Breedlove, le Suprême commandeur allié en Europe, nommé par le président des États-Unis— qui avait énoncé à Bruxelles, au mois de mai 2014, le point de virage : « Nous sommes à la veille de la décision cruciale de savoir comment affronter, sur le long terme, un voisin agressif », à savoir la Russie, accusée de violer le principe du respect des frontières nationales en Europe, en déstabilisant l’Ukraine en tant qu’État souverain et en menaçant les pays de la région orientale de l’Otan.

Le prêche vient du pupitre d’une alliance militaire qui a démoli par la guerre la Yougoslavie, jusqu’à séparer même le Kosovo de la Serbie ; qui s’est étendue à l’Est, en englobant tous les États de l’ex-Pacte de Varsovie, deux de l’ex-Yougoslavie et trois de l’ex-URSS, qui a enfin pénétré en Ukraine, en prenant le contrôle de positions clés dans les forces armées et en entraînant les groupes néo-nazis utilisés dans le putsch de Kiev.

Voilà qui explique toute l’évolution de la situation de plus en plus complexe en Ukraine. Le Kremlin a même déjà remarqué que chaque fois qu’une personnalité de l’Occident visite l’Ukraine, il s’ensuit toujours une tension entre Kiev et les séparatistes de l’Est de l’Ukraine. On fait fi des avancées obtenues dans le sens de la désescalade et les armes reprennent afin « d’écraser » les populations de l’Est qui se sentent proches des Russes.

C’est le cas en ce début d’année 2015. Kiev vient, non seulement de rompre le cessez-le-feu en relançant la guerre, mais il a, à nouveau, adopté un ton belliqueux tout en ignorant l’accord signé à Minsk à la fin de l’année écoulée. Cet accord impose un cessez-le-feu afin de permettre l’amorce des négociations pacifiques pouvant déterminer l’avenir politique de l’Ukraine. Bref, les Ukrainiens n’en veulent pas et c’est pour cela qu’ils veulent obtenir par la force ce qui leur échappe. C’est-à-dire le contrôle total du pays.

C’est ainsi que le 11 janvier, alors que la communauté internationale se recueillait aux côtés de la France victime d’une attaque terroriste, Kiev a lancé une violente offensive qui a atteint son paroxysme deux jours plus tard. Avec des conséquences catastrophiques pour la population, et pour les combattants de l’Est de l’Ukraine.

La carte de situation du Conseil de sécurité nationale à la date du 13 janvier le montre sans ambiguïté : à partir du 11 janvier, toute la ligne de front s'est rallumée. "Dans la zone de conflit du Donbass, indique le blogueur Dmitro Timtchouk, spécialiste des questions militaires, les forces ukrainiennes ont continué d'accroître leurs activités. Elles multiplient les attaques et tentent de prendre d'assaut les positions des séparatistes. La situation était particulièrement critique autour de l'aéroport de Donetsk, qui vient d’être complètement dégagé au profit des séparatistes".

Une fois de plus, la population n'a pas été épargnée, comme à Volnovakha, un bourg situé dans les environs de Donetsk. On a dénombré plus de 14 morts et une dizaine de blessés. Il est probable que cette attaque ait été préparée à l'avance". Mercredi dernier, l’armée ukrainienne a encore tiré en plein centre ville de Donesk, dans un quartier résidentiel pour faire encore 15 morts à bord d’un trolley bus.

Cette évolution dramatique sur le terrain a déjà un résultat qui était prévisible. Les négociations sont reportées sine die. "Le sommet d'Astana est reporté". "Programmé pour le 15 janvier, il a été repoussé indéfiniment. [...] Cependant, tous les responsables, y compris du côté russe, ont réaffirmé leur engagement en faveur d'une mise en œuvre de l'accord de Minsk [conclu le 5 septembre et prévoyant un cessez-le-feu qui n'a jamais été respecté]."

L’ « adaptation stratégique » de l’Otan

Ce regain de tension est une pure distraction. Car il consiste à permettre à l’Otan d’entreprendre une « adaptation stratégique pour affronter l’utilisation du côté russe de manœuvres improvisées, cyber-activités et opérations secrètes ». D’après les calculs de Washington, ceci « coûtera de l’argent, du temps et des efforts ».

Le premier pas consistera en l’augmentation ultérieure de la dépense militaire de l’Otan, déjà supérieure aujourd’hui aux 1 000 milliards de dollars annuels. A cette fin le ministère de la Défense américain a déjà annoncé une réunion avec les pays occidentaux en vue de pousser les alliés à augmenter leur dépense militaire. Car, il va falloir acheter les armes à Washington.

Le scénario de l’ « adaptation stratégique » de l’Otan va bien au-delà de l’Union européenne, en s’étendant à la région Asie-Pacifique. Là —sur la vague des accords russo-chinois, qui rendent vaines les sanctions occidentales contre la Russie en lui ouvrant de nouveaux débouchés commerciaux à l’Est— se préfigure la possibilité d’une union économique eurasiatique en mesure de contrebalancer celle des USA et de l’UE, que Washington veut renforcer avec le Partenariat transatlantique pour le commerce et les investissements (TTIP).

Washington sait très bien que les accords russo-chinois signés à Pékin ne se limitent pas aux fournitures énergétiques russes à la Chine, mais concernent aussi des secteurs à haute-technologie. Par exemple, est à l’étude le projet d’un gros avion de ligne qui, produit par une joint-venture russo-chinoise, ferait concurrence à ceux de Boeing et de l’Européen Airbus. Un autre projet concerne la construction d’un super-hélicoptère pouvant transporter une charge de 15 tonnes.

La question de fond, substantiellement ignorée dans la campagne des élections européennes, est : l’Union européenne doit-elle suivre les États-Unis dans « l’adaptation stratégique » de l’Otan qui porte à une nouvelle confrontation Ouest-Est non moins dangereuse et coûteuse que celle de la Guerre froide ? Ou bien doit-elle se désaliéner pour entreprendre son chemin constructif en repoussant l’idée de jeter l’épée sur le plateau de la balance, en augmentant la dépense militaire, afin de conserver un avantage que l’« Occident » voit de plus en plus diminuer ?

En attendant la réaction de l’Union Européenne, les stratèges russes en viennent à la constatation que la guerre froide est déjà relancée. Il ne faut donc plus se leurrer. Les Américains ont déjà planifié un programme à moyen ou long terme pour asphyxier la Russie, l’affaiblir et l’émietter comme ce fut le cas avec la Yougoslavie.

La fin d’une époque d’incompréhension entre Moscou et Washington

La relance de la guerre froide est voulue par les stratèges américains parce que Moscou lui conteste la victoire de la fin de la première, qui a couvert la période allant de 1945 à 1991. Cette guerre froide là s'est achevée sans qu'aucun Etat n'ait été officiellement reconnu vainqueur, laissant la place à une "époque d'incompréhension croissante", estime l'analyste politique Fiodor Loukianov, président du Conseil russe pour la politique extérieure et de défense.  

En effet, d’après plusieurs observateurs neutres, aucune puissance ne peut prétendre avoir gagné la guerre froide. Cependant personne ne l'a officiellement confirmé et aucun accord formel

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